L'aventurière -

Moi, ce que j’aime avant tout c’est naviguer.
Sentir le vent dans mes cheveux, le soleil qui pénètre ma peau, goûter le sel sur mes lèvres, observer les variations de couleur de l’eau…Je me sens à ma place, en symbiose avec les éléments, terre et mer sont mêlés, je ne vois plus la différence. Je dois juste garder tous mes sens en éveil, appréhender les marées, détecter l’électricité quand la tempête monte, barrer avec précision ou profiter d’une douce brise et me laisser bercer par les clapotis de l’eau sur la coque du bateau…

Alors me direz-vous ! Que fais-je ici en plein désert du Taklamakan ? D’où me vient cette urgence insatiable de parcourir le monde ?Je me suis lancée comme d’habitude, sans préparation ni autorisation ni bagages, à la conquête des déserts d’Asie centrale. Comme toute aventurière qui se respecte, je voulais faire ma « Route de la Soie ».

Ma vieille et fidèle FORD s’adapte au rythme de la caravane de chameaux qui m’escorte. Je voyage léger, une machine à écrire et une roue de secours dans le coffre, les guides sont là pour le reste. Ils connaissent les oasis bienfaitrices, nous nous y hydratons à l’ombre des grands arbres tout en grappillant quelques raisins secs et malgré la chaleur accablante, je retrouve la joie pure d’exister. Libre de mes mouvements et de mes décisions, je ressens un intense pouvoir, l’univers m’appartient et ma vie se résume à en découvrir la beauté.

Quatre heures déjà que nous avons quitté Dunhuang. Nous cheminons paisiblement entre plaines arides, dunes gigantesques et palmeraies providentielles, mais Tao, un de mes guides et interprète chinois, stoppe brusquement sa monture tout en pointant du doigt vers l’horizon brumeux. J’arrête immédiatement le moteur de la voiture dont les roues charrient une poussière sableuse. La caravane met pied à terre.

Je positionne mes mains pour faire écran devant mes yeux et j’arrive à distinguer ce qu’a vu Tao, une sorte de château surmonté de plusieurs dômes qu’aucun de mes guides n’avait encore signalé sur ce circuit.

Piqués par la curiosité, nous décidons tous d’aller voir de plus près, et vingt minutes plus tard nous nous retrouvons face aux vestiges d’une imposante construction dont les murs et les voûtes d’une hauteur étourdissante sont à demi écroulés. Le monument à l’abandon a probablement plusieurs centaines d’années.

Devant l’heure tardive, mes guides décident de faire étape au pied des vieilles pierres et commencent à dresser les tentes pour la nuit. Je ne peux résister à l’envie de visiter l’intérieur et Tao, constatant la fragilité de l'édifice, me recommande la plus grande prudence. Je lui promets de faire attention et je franchis l’entrée dont il ne reste plus qu’un encadrement de plus de vingt mètres de hauteur.

Je n’ai fait qu’un pas et je suis soudain aveuglée par une lumière éblouissante. Je ferme à demi les yeux et tente de comprendre ce qui se passe. Après quelques secondes, mon regard s’habitue et ce que je vois est féérique : Un jardin de fleurs éclatantes d’où jaillissent des fontaines d’eau claire avec en son centre un long bassin rectangulaire dont les eaux reflètent les cyprès qui le bordent. Au bout du canal se dresse un palais majestueux surmonté de coupoles, de minarets, le tout en marbre blanc.

Je suis émerveillée par la beauté de ce lieu enchanteur.

La surprise passée, je réalise que les ruines que nous avons découvertes sont les restes de ce somptueux monument. Je ne comprends pas ce qu’un palais perse ou indien fait au milieu d’un désert chinois. Rien de cela n’est rationnel, mais moi je ne le suis pas non plus, alors je vais visiter cet endroit, quoiqu’il advienne.

Je suis le chemin tracé le long des eaux miroitantes et j’arrive devant la grandiose porte d’entrée dont je reconnais l’encadrement, celui-là même que je viens de traverser, il y a à peine trois minutes.

A l’intérieur, une balustrade de marbre délicatement ouvragée entoure une vaste pièce octogonale aux parois couvertes d’arabesques florales et incrustées de pierres précieuses. Au milieu, trônent deux pierres tombales en marbre blanc et richement ornées.

Éblouie, je décide de m’approcher quand je vois un homme sortir comme par magie de l’une d’elle et se dresser devant moi. Je lâche un cri de surprise et fais un bond en arrière.

Il est très grand, sa barbe noire est taillée en pointe, un turban soyeux avec une plume blanche et une frange de perles retient ses cheveux. Il porte une longue tunique de brocart bleue et or et des dizaines de colliers précieux autour du cou, une écharpe de satin jaune en bandoulière et plusieurs sabres à la ceinture. Ses yeux sont d’un noir si profond que j’en frémis de peur ou de fascination. C’est alors qu’il s’adresse à moi :

« Enfin tu m’es revenue, mon grand amour, ma merveille, je t’attends depuis si longtemps ma Mumtaz Mahal, j’avais promis de te construire un palais aussi grand et beau que notre amour. Moi Shah Jahan, j’ai recherché les plus grands artisans, ceux à la hauteur de ta beauté, il a fallu mille éléphants et vingt mille ouvriers pour te bâtir ton lieu de repos éternel."

"Te plaît-il mon adorée ?"

"Mais où sont donc tes servantes, tes parures et tes colliers ? Quel drôle d’accoutrement tu as, viens, allons dans le jardin cueillir des mangues"

Il fait un pas vers moi et…

J’ouvre les yeux. Je suis en travers de mon lit, ma joue me fait mal, elle repose sur un livre d’Ella Maillart et des publicités de voyage en Inde.

Je dois aller travailler…Je travaille où déjà ?

Commentaires

Lolo a dit…
Tu nous fais toujours rêver avec toi, même en si peu de lignes 😊
false a dit…
Merci Lolo
Claude Alain a dit…
À côté de toi depuis 50 ans sans savoir que tu voulais un palais en marbre blanc. Il faudra que tu patientes un peu mon amour, je vais faire les plans, puis trouver les entreprises , ce qui va demander un peu de temps, puis la construction pourra enfin commencer. Tu remarqueras que j’ai l’élégance de ne pas parler d’argent 😉🤪😍😍😍
false a dit…
❤️

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