L'inconnue du taxi - Episode 6/8

Au bout d’un chemin blanc bordé de palmiers se dressait une grande maison de style colonial aux murs vert d’eau. Un balcon ouvragé longeait le premier étage et reposait sur des arches entourant les quatre grandes portes fenêtres jaune pâle du rez-de-chaussée. Un grand bassin en forme de fleur avec une fontaine au milieu situé juste devant l’entrée empêchait les voitures de s’approcher trop près et servait visiblement de pataugeoire aux enfants qui s’aspergeaient et piaillaient de bonheur. Gabriel se stationna sur le bord du chemin et ils descendirent de la voiture. Toutes les petites têtes des bambins se tournèrent vers eux tandis qu’une femme tout de jaune vêtue -jusqu’au turban qui retenait sa masse de cheveux frisés, arrivait d’un pas décidé un sourire radieux illuminant son visage. Billie lui donna plus de 70 ans et le jaune de sa robe luisait sur sa peau couleur chocolat. 

- Alors c’est toi Billie ? 
- Heu, oui c’est moi, bonjour madame 
- Appelle moi Adèle
- D’accord Adèle 
- Gabriel, tu reviens la chercher dans une heure ? 
- Ça me va ! A tout à l’heure 
- Allez viens, suis-moi ma belle, j’ai des choses à te dire et à te donner 
- A me donner ?

Elles passèrent devant le bassin et Adèle me présenta aux enfants. Les plus petits demandèrent où se trouvait Martha, elle répondit leur avoir déjà expliqué qu’elle était devenue invisible mais toujours près d’eux. L’explication eut l’air de les satisfaire et ils reprirent leurs éclaboussures de plus belle. Elles franchirent les quelques marches qui les séparaient du vaste perron aux arches imposantes et Billie s’aperçut que vue de près la demeure avait besoin d’un sérieux ravalement. 

L'entrée s'ouvrait sur un large couloir avec de nombreuses portes de chaque côté. On apercevait tout au fond une salle meublée de petites tables et chaises d’enfant, mais Adèle poussa la première porte sur sa droite et elles pénétrèrent dans ce qui ressemblait à un bureau. A l'intérieur, trônait une table massive encombrée de piles de documents, de stylos, de pinceaux, d’un ordinateur et d'une imprimante. Plusieurs classeurs métalliques et des étagères croulant sous des tonnes de livres, d’albums, de cahiers, de boîtes en carton ou en fer recouvraient l'un des murs tandis que les autres disparaissaient sous les dessins d’enfants, les cartes postales, les petits mots remplis de fautes d’orthographe, de cœurs et de fleurs. 

Elle proposa à Billie le seul fauteuil libre de la pièce :

 - Assieds-toi ma belle ! 

Adèle prit place derrière son bureau et Billie comprit à son regard pétillant qu’elle attendait ce moment depuis longtemps, alors qu’elle-même n’avait eu connaissance de son existence que depuis 3 jours : 

- Je t’attendais, j’espérais, mais je ne savais pas si tu viendrais 
- Mais comment est-ce possible ? J’ai juste été avisée du décès de ma tante il y a 3 semaines par un notaire et que j’héritais de sa maison. Avant de la vendre, je devais venir la voir sur place, mais je ne connaissais pas Martha. 
- Elle voulait faire ta connaissance, elle s’apprêtait à prendre contact avec toi 
- C’est vrai ? De quoi est-elle décédée ? 
- Un infarctus, après la mort de ton oncle comme elle se savait malade du cœur, elle a préféré mettre ses affaires en ordre au cas où... elle avait déjà eu deux attaques 
- Pourquoi moi ? 
- Elle disait ressentir une onde bienfaisante qui venait de toi, elle disait que vous étiez en parfaite synergie sans vous connaître et qu’il fallait absolument que tu gardes cette maison qui était parfaitement en accord avec vous deux 
- Oui, enfin je ne suis pas sûre de croire à tout cela et ma vie n’est pas ici, je ne connais rien de cette île et je vis en métropole 
- Alors que fais-tu ici ? 

Billie ne voulut pas lui parler de la voix de Martha et de l’étincelle sur son bras. Elle ne dit pas non plus combien elle se sentait sereine quand elle était dans la maison. 

- En fait je voulais savoir où se trouvent ses papiers, la comptabilité de sa boutique et en fait j’aime beaucoup ce qui se trouve à l’intérieur 

Adèle se leva, se pencha et retira de sous son bureau une petite valise en osier et la posa devant elle : 

- Voila ! C’est pour toi, je l’ai récupérée aux Flamboyants, Martha m’a fait promettre de te la donner s’il lui arrivait quelque chose et bien sûr uniquement si tu cherchais à me rencontrer moi. Tu y trouveras ce que tu cherches et sûrement plus encore. Ne l’ouvre pas maintenant, je dois te laisser et m’occuper du déjeuner des enfants, emporte-la et appelle-moi si besoin. Je n’ai pas le temps de te faire visiter maintenant mais tu reviendras n’est-ce pas ?
A suivre...

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