L'inconnue du taxi - Episode 7/8

Arrivée à son bungalow, elle posa la valise sur le lit. Elle se sentait fébrile. Cette valise l’aiderait-elle à trouver son chemin ou ajouterait-elle à sa confusion ? Soudain elle se trouva très seule. Elle avait bien sa mère mais n’en était pas proche, trop occupée par sa propre personne, elle s’était remariée très vite à la mort de son père, vivait en Espagne et l'appelait une fois par an pour son anniversaire. Certaines femmes ne sont pas douées pour la maternité.
Billie, elle, souhaitait de tout son cœur avoir un enfant, elle était plus que prête et à 40 ans il était temps. Un petit plateau posé sur un coin de la table contenait une tasse et une corbeille de sachets de thé. Elle l’avait remarquée mais ne l’avait pas encore utilisée, c’était le bon moment. Elle fit chauffer l’eau dans le micro-ondes mis à sa disposition, ôta ses sandales dorées, choisit un thé à l’hibiscus et au mûrier blanc du Japon parce que le nom était enchanteur et posa le plateau sur le lit. Elle s’y installa en tailleur et commença à détacher les sangles en cuir de la valise.


Elle vit d’abord une très grande enveloppe rouge sur laquelle était écrit - A ouvrir en premier - dessous, trois dossiers cartonnés de couleur différente portaient des inscriptions en noir - Compta stand marché - Papiers maison - Photos - et sur le côté une petite pochette dorée. Conformément au souhait de sa tante, elle commença par la lettre :


- Billie, je suis contente que tu aies décidé d’aller voir Adèle. Mon instinct ne m’a pas trompée. Si tu es là c’est que tu vas garder la maison, en tout cas, tu y songes sérieusement. Je souhaite de tout mon cœur que tu t’y installes et sans te connaître, je sens que tu y seras bien. Tu as dû entendre parler du stand au marché, il ne faut pas t’en inquiéter. Tout est en règle, il n’y a pas de dettes en attente et la location tout comme les frais d’entretien sont réglés pendant deux mois à compter de ma mort. Ça te laisse le temps de réfléchir à ce que tu veux en faire. 
Tu peux le garder et te lancer toi aussi dans le commerce, (tu trouveras l’adresse de mes fournisseurs à cet effet) mais tu peux bien sûr revendre les marchandises à l’intérieur au repreneur ou à qui tu veux. J’ai appris que tu travaillais dans l’informatique et ton chéri aussi, sache qu’avec ces compétences là, vous devriez rapidement trouver du travail ici. Dans les dossiers, tu trouveras tout ce qui concerne l’entreprise et le nom de mon comptable, ainsi que les papiers de la maison et des photos de ton oncle et moi pour que tu nous connaisses un peu mieux. 
Dans la pochette dorée j’ai mis un petit souvenir de moi, je l’ai fabriqué moi-même, c’est une sorte de porte bonheur et j’y tiens beaucoup. Voilà, je crois que je t’ai tout dit. Pour moi c’est fini mais pour toi tout peut commencer. Je ne sais pas pourquoi je suis si insistante avec toi, je t’ai rêvée dans la maison, tu étais brune, pieds nus avec une jolie robe chinoise vert-dorée. Tu étais splendide et tu fabriquais je ne sais quoi sur la petite table devant l’océan. Si j’ai écrit cette lettre, c’est que je n’ai pas eu le temps de te rencontrer, de te parler et de te convaincre. Suis ton cœur, je suis sûre qu’il s’est déjà manifesté. 
Ta tante MARTHA.

La lettre retomba sur le lit. Elle sentit l'accélération de son pouls, elle aurait bien voulu oublier la voix, l’étincelle, tout ce qui mettait mal à l’aise sa rationalité, mais Martha avait clairement vu sa robe chinoise et c’était bien elle sur la terrasse. Alors que penser ! Jamais elle ne pourrait en parler. Il se passait un phénomène étrange entre elles deux. Elles étaient liées c'était un fait. Elle ouvrit le premier dossier, elle y trouva le contrat de location du stand, des factures de fournisseurs, un livre de comptes et divers tickets de caisse. Sa tante n’avait donc pas d’ordinateur ? Il faudrait demander à Adèle. Dans le deuxième dossier, se trouvaient un peu pêle-mêle des factures d’eau, d’électricité, d’entretien, des contrats d’assurances, des papiers, des listes sans trop d’intérêt. Elle attrapa le troisième dossier par son élastique mais il lui échappa et le contenu se répandit sur le lit.

Non ! Ce n’était pas possible ! Sur toutes les photos c’était la femme brune, mince et belle qu’elle avait vue dans son rêve. Souriante, marrante car elle faisait souvent des grimaces. On la voyait avec son oncle, dans son stand, faire la cuisine, sur la plage et puis il y avait cette photo de mariage - Martha portait une robe de coton en crochet blanc avec des espadrilles en satin – C’était dans cette tenue qu’elle lui était apparue. Elle s’allongea au milieu des photos. Son cerveau essayait de trouver une logique dans tout ce qu’elle venait de vivre, mais c’était impossible, peut-être était-elle folle ? Mais elle avait envie d’y croire. Après tout, sa vie était moche en métropole, son appartement pas terrible, elle n’avait pas de travail et voulait créer son entreprise, sa mère habitait en Espagne, ses amis, enfin ceux qui lui restaient viendraient bien la voir si elle restait là.

Ici, elle aurait une maison, une boutique pour vendre des paniers mais aussi tout ce qu’elle prévoyait de fabriquer. Il y avait trop de signes, trop d’encouragements, elle ne pouvait pas les ignorer, elle devait rester pour elle et pour Martha. En se relevant, elle vit la petite pochette dorée et l’ouvrit. A l’intérieur, un bracelet avec trois rangs de perles plates et multicolores. La presque copie conforme du collier qu’elle s’était fabriqué. Cette fois, Billie sourit. Elle l’enfila aussitôt, il était ravissant et elle se sentit heureuse. Maintenant, plus question de perdre de temps. Elle allait ranger sa vie d’avant dans la valise orange aux gommettes pailletées et ne garder que celle en osier. Billie remit ses chaussures et regarda sa montre. Elle était attendue chez Gabriel et Rosette. Excitée par la décision qu’elle venait de prendre, elle ressentit le besoin d'en parler à quelqu’un. Pourquoi pas à Nino dans l’après-midi ? après tout, ils ne se connaissaient  pas et s’il la prenait pour une folle elle s’en fichait. C’est en chantonnant qu’elle sortit de chez elle. Sur son bras, là où se trouvait le bracelet, brillait une petite étincelle…

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