L'instant gratitude -
Jusque là, ça va. J’aime le contact de ce sable humide sculpté de vagues sinueuses et de petits cratères d’eau tiède où flottent des morceaux d’algues ou des crevettes microscopiques et transparentes. L’air est chaud, le soleil peine à traverser la grosse grappe de nuages cotonneux et l’atmosphère est lourde. Mais aujourd’hui, c’est décidé, je vais affronter la fraîcheur de l’océan.
Au bord de l’eau, mes orteils me confirment que le combat sera rude. Je le considère comme un défi : cap ou pas cap ?
Je continue à avancer, un pas après l’autre… Franchement, disons le tout net : Ça caille !
J’aurais dû rester allongée sur mon moelleux drap de bain, la peau délicieusement tartinée de crème solaire et le chapeau vissé sur le front. J’aurais aussi pu finir mon roman et savoir si Kristen était vraiment morte où si Annie avait retrouvé sa trace à Paris…
Mi mollets… mi cuisses, je serre les dents, mais j’ai l’impression que c’est moins froid, je m’habitue. Mon corps a revêtu une cuirasse invisible. On dit de la mer quand elle est fraîche, qu’elle est revigorante ou vivifiante mais moi je dirais qu’elle est vivante, elle semble me parler, m’attirer, m’entourer, m’absorber.
Maintenant je suis immergée jusqu’à la taille, je suis fière de moi. Je lève la tête et je suis aveuglée par une lumière métallique. Le ciel devenu vert de gris s’est strié de déchirures argentées et scintillantes comme une tôle oxydée par le sel. Je scrute l’horizon incertain sans pouvoir discerner la mer de l’atmosphère. Au loin les voiles jaune fluo des petits optimistes se suivent à la queue leu leu.
Éblouie, je tourne la tête vers la plage, elle est déserte, je suis seule et la mer m’appartient. Une larme de sel humain ou marin, je ne sais pas trop, glisse sur ma joue. Il y a tant de beauté en ce monde. A ce moment je suis souveraine, je suis reine, je suis déesse, je suis grande prêtresse des éléments. Tout ceci est à moi, tout ceci est pour moi. Merci ! Merci la vie de me rappeler combien tu es magnifique, forte et fragile et combien il est facile de l’oublier.
Alors je mets mes bras en avant et je plonge. C’est la lutte finale, j’ai gagné le combat…
PS/ En réalité…. Je n’ai pas plongé, me mouiller la tête, il ne faut quand même pas exagérer 😜
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