Villa avec vue -

Avec un tel panorama sous les yeux le matin et le soir, ma vie de femme de ménage aurait-elle été très différente ? Aurais-je mieux supporté mon dos cassé et mes mains flétries par des années de récurage et de dépoussiérage ? Je crois que oui. Face à la beauté d'un paysage, la mélancolie, l'ennui ou le mal de vivre peuvent s'atténuer, peut-être même se guérir.


Dommage que mon Jean soit parti trop tôt. En même temps il n’aimait pas bouger de son jardin ni de notre petite maison mitoyenne à droite, mitoyenne à gauche, avec vue imprenable sur l'impasse, là ou les gamins se chamaillent, crient, font des acrobaties à vélo ou des messes basses au pied des lampadaires. Ce décor lui suffisait, c'était son univers, il ne m'aurait jamais accompagnée dans mon voyage. Avec le temps, je m'étais fait une raison, il avait déteint sur moi, je m’étais fermée au monde, je ne regardais plus à travers les fenêtres. 

Une fois veuve et retraitée, l'envie n'était pas revenue. Mes journées se passaient à entretenir le jardin, briquer la maison, faire les courses.  Une chose tout de même avait changé, avec tout ce temps libre, j'avais repris mes habitudes d'adolescente, je lisais... beaucoup... surtout des romans d'aventure, ils nourrissaient mon désir d'action et d'évasion sans bousculer mon train-train quotidien et rassurant.


Mais la vie réserve de drôles de surprises. Un matin, semblable à tous les matins, le facteur sonne à la porte et me remet un courrier recommandé. Je ne comprends pas tout de suite de quoi il s'agit. J'ai  apparemment gagné le gros lot à un jeu de grattage organisé par l'hypermarché du coin. D'abord incrédule, je finis par me souvenir de ce jour où j'ai coché au hasard les cases d'un document remis à la caisse du magasin, lors d’une semaine spécialement dédiée aux produits italiens.


Six mois plus tard, je suis là, sur le balcon de ma Villa en Italie. 

Malgré l’heure matinale, le soleil et la mer irradient, les lunettes sont de rigueur pour contempler la splendeur de la côte Amalfitaine.


Sur une petite table, j'ai posé mon livre à côté d'une corbeille de fruits, d'une assiette de viennoiseries et d'un pot de confiture de cerises. Je me verse une première tasse de café et confortablement assise dans un joli fauteuil en rotin, je regarde le spectacle qui m’entoure, happée et fascinée par sa beauté.

Mon dos est encore cassé, mes mains sont toujours flétries mais je n'y pense plus, je me sens belle et détendue, comme enrobée dans un cocon de sérénité.


Désormais, j'ai de nouveau faim d’aventures et de découvertes, j'entame ma deuxième vie. J’ai fait mon programme de la semaine : demain le ferry me déposera à Capri, j’irai visiter les légendaires Grottes Bleues et, de mercredi à dimanche, direction la Sicile, l’Etna, la réserve naturelle de Zingaro, Palerme, le Palais des Normands et pourquoi pas ce petit bout d’île dans le canal de Malte où il semble ne pousser que des poireaux.

Commentaires

Françoise a dit…
Comme une envie d’ailleurs n’est ce pas?Entre fiction et réalité,peut être un petit brin de mélancolie…❤️
Anonyme a dit…
j'aime bien ce qu'écrit mon Nono, et je comprends tout. ❤❤❤❤

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