Quand l'enfant part -
Mais voilà, nous lui avions fait une promesse :
- Si tu as ton bac, tu fais ce que tu veux où tu veux
Il a retenu la leçon, il a eu son bac et il a dit :
- Je pars en septembre...
J’ai voulu gagner du temps et j’ai dit :
- Tu dois passer ton permis de conduire...
Il a dit : ok mais vite fait alors...
Il a raté le code, il n’était pas motivé... Il est parti en septembre.
Je n’ai pas voulu aller à la gare, j’étais effondrée et incrédule. C’était passé si vite... Il était encore si jeune...
Nouveau pays, nouvelle langue, pas de point de chute sécurisant, pas de téléphone portable, un anglais approximatif, une chambre louée à prix d’or en plein cœur de Londres, un garçon gentil, un peu inconscient et préservé de la brutalité du monde.
Mais voilà, il vibrait, il irradiait quand il parlait de sa passion inébranlable pour la musique. Un idéal de vie sculpté dans son ADN depuis sa petite enfance.
On ne peut rien faire face à la passion. Le passionné est un être à part... il peut discuter et même s'intéresser à votre conversation s'il y retrouve un peu de la planète sur laquelle il vit. Si ça n’est pas le cas, vampirisé par un univers qui lui est propre, il peut vous aimer énormément, mais aura du mal à masquer l’ennui qui le gagne à vous écouter parler.
Pourtant, quel cadeau pour ceux qui le côtoient. Il évolue dans un monde parallèle que j’imagine polychrome et tumultueux, un flot exubérant d’informations qui se bousculent et se piétinent si elles ne sont pas triées, calibrées, cuisinées immédiatement. Quand il parle, le passionné "a les mots pour le dire et les étoiles aussi". Quand il vous regarde, vous avez l’impression d’être unique, d’être dans la confidence, d’être complice et il vous fait comprendre l’incompréhensible.
Le passionné est un être miraculeux.
Alors, non, je n'étais pas là quand il a pris ce train, je l'ai laissé seul avec son père. Je suis allée dans sa chambre vide et silencieuse, je me suis couchée sur son lit et j'ai étouffé mes sanglots dans son oreiller. Je suis partie à la recherche de la chaussette perdue, j’ai descendu les escaliers puis les ai remontés pour finalement les redescendre. Pourquoi ? pour rien, juste pour faire quelque chose et quand le soir il a appelé, j’ai ri avec lui, j’ai fait la forte, la blasée et je me suis dit que j’avais une sacrée chance...

Commentaires
Quelle chance d’avoir un enfant passionné et qui vit désormais de cette passion musicale.
Lolo