La maison casserole de Loretta
Les jours et les semaines passent ainsi paisiblement, sans réelle inquiétude, mais l'hiver dernier tout a changé, un drame s'est produit. Notre légèreté et notre inconscience se sont envolées comme nos plumes après le solstice d'été.
Nous avons perdu tous nos petits. Ils n’ont pas résisté à la gelée traîtresse matinale d’un matin de mars. Pour pondre mes oeufs, j’avais choisi avec insouciance un enchevêtrement compact de branchages tombés au sol. Quelle idiote ! La neige est tombée toute la nuit. Ils sont tous morts de froid. J'ai pleuré longtemps et ne me pardonnais pas mon inconséquence.
C'est aussi à ce moment que Joseph s'est absenté de sa maison. Il semble qu'il ait attrapé une nouvelle maladie d’humains très contagieuse et qui empêche de respirer. Le jardin s’est retrouvé à l’abandon, une tempête a arraché des branches, fait voler les feuilles et renverser les pots de fleurs.
Finis les repas sur un plateau, les miettes de pain, la graisse, le fromage ou les gâteaux dont nous régalait Joseph. Il a fallu apprendre à nous nourrir seuls, grappiller des larves d’insectes par-ci, des baies séchées par-là, des graines ou des escargots.
Nous avons beaucoup appris à ce moment là et je n'ai eu qu'une idée en tête, trouver un abri sûr et confortable pour mes prochains petits qui ne manqueraient pas d'arriver bientôt.
Joseph est revenu. Amaigri, il semblait plus fragile et plus lent mais il a tout de même nettoyé le jardin et replanté ce qui s'était envolé. Une dame dans une camionnette lui livre tous les jours des repas tous prêts. Il ne fait plus la cuisine et ne chante plus le matin avec nous. Nous sommes tristes.
Après la tempête, j’avais repéré un étrange objet coincé entre deux branches de pommier, c’était une casserole en émail vert, très gondolée mais très solidement accrochée, le refuge idéal.
J’ai décidé que ça serait mon nouveau chez moi et pour longtemps. Léopold m’a aidée à le garnir d’herbes, de radicelles et de boue séchée. Le résultat fut spectaculaire, c’était assurément le plus beau et le plus doux nid que l’on puisse imaginer "de mémoire de merle".
J’y ai pondu et couvé mes quatre enfants, en toute sécurité, dans la chaleur et l’amour. La joie fut totale quand un matin, alors que je quittais ma maison pour faire un petit tour, j’ai entendu deux voix mélodieuses qui provenaient de la maison et je n’ai pas su dire qui était l’oiseau et qui était l’humain…

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